LA PLAYLIST DE LA FÊTE DU TRAVAIL ! 

En cette journée du 1er mai, je me suis permis de me mettre au boulot un peu plus tard que d’habitude – je vous prie d’ailleurs de bien avoir la gentillesse de m’en excuser – mais c’est pour vous proposer quelques excellents morceaux de genres variés qui portent tous sur le même thème :  l’aliénation du travailleur.

ELEANORE MILLS – « The Same Routine » (Astroscope, 1974)

Chanteuse dont la carrière se résume hélas à un superbe et unique album produit entre autres par deux membres du groupe soul The Moments, Eleanore Mills aborde sur ce titre la vie de frustration que le labeur impose à son couple.  À son mari qui, contraint de cumuler plusieurs jobs et de bosser « like a thoughtless machine », ne fait que la croiser sans jamais pouvoir se détendre, le jeune femme dit : « I know we have a few bills to pay/But don’t kill yourself working everyday » puis « I don’t wanna lose you/I don’t want nobody else ». C’est donc à la fois une peinture sociale et une chanson d’amour, soutenue par une compo disco du feu de dieu – une combinaison qui fera les grandes heures de Chic. En 1974, le genre disco n’est d’ailleurs pas encore aussi installé qu’il ne le sera trois ou quatre ans plus tard, il est même à peine formé, et « The Same Routine » est le seul track en 4/4 de tout le LP.  Il est en tout cas assez phénoménal pour avoir été retenu et édité par James Glass sur le volume 3 des très bonnes anthologies de raretés Under The Influence, publiées par le label Z Records de Joey Negro.

 

MICHEL PAGLIARO – « Travailler » (Trans-Canada, 1981)

Michel Pagliaro, dit « Pag », est l’une des figures historiques de la chanson rock québecoise. Après avoir longtemps développé un son oscillant entre boogie, country et variété, il a pris un virage moins tradi (Wikipédia parle de new-wave mais c’est un peu exagéré) au début des années 80. Sur son album Bamboo Cuisine Kung Fu il signe en tout cas un morceau quasi instrumental hyper répétitif intitulé « Travailler », entre blues et kraut, un peu Bashung, mais avec la Québec touch en plus. J’y entends une allégorie du travailleur mécanisé mais les commentateurs YouTube de la Belle Province, par nature positifs, semblent plutôt y voir une bonne « toune » à écouter pour se motiver avant « la job ».

 

EDDY MITCHELL & ZOO – « Dodo, métro, boulot » (Barclay, 1970)

Je ne suis pas spécialiste de la discographie d’Eddy Mitchell mais ça m’a surpris de voir qu’il avait enregistré ce morceau avec le groupe Zoo, qu’on connaît surtout pour leurs travaux avec une autre légende de la chanson, mais qui n’a vraiment rien en commun avec « Schmoll », à savoir Léo Ferré. Sur « Dodo Métro Boulot », les textes de Mitchell et Papadiamandis cultivent ce blues du quotidien et de la médiocrité qui a pu faire l’une de leurs marques de fabriques, cette poésie esseulée dans un monde administré, mais le jeu des rockers artistes de Zoo donne à l’ensemble un charme inhabituel, moins pittoresque et plus rugueux que les accompagnements qu’employait en général celui qui ne présentait pas encore « La Dernière Séance ». En gros, c’est un peu comme si vingt ans plus tard Florent Pagny avait décidé de jouer avec Noir Désir, ou qu’aujourd’hui Vianney embauchait les mecs de Cheveu.

 

JUNIOR DELAHAYE – « Working Hard For the Rent Man » (Wackie’s, 1983)

Wackie’s est un label de musique jamaïcaine monté dans le Bronx dans les années 70 par Lloyd Barnes, (a.k.a Wackies ou Bullwackies), et dont je n’aurais peut-être jamais entendu parler si Basic Channel n’avait pas entrepris d’en rééditer le catalogue voici presque vingt ans. Le son caractéristique développé par Barnes avec ses musiciens et ses machines ira du dub au roots en passant par l’early digital et le dancehall. Même des profanes du reggae peuvent distinguer sa patte, mobile et anguleuse, presque liquide. Sur ce morceau de Junior Delahaye, une rythmique soutenue et une curieuse guitare – hispanisante, jazzy ? – viennent soutenir une complainte rasta face à l’aliénation du travail et à l’exploitation par la propriété, que magnifie la voix et l’interprétation du chanteur – un moment de beauté friable qui mêle désespoir réaliste et espoir prophétique.

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