DUFFY POWER – Duffy Power (GSF, 1973, réédition RPM, 2007)

Aujourd’hui je voulais juste vous faire écouter cette chanson à tomber par terre, ainsi que deux ou trois autres publiées en 1973 par le même auteur, un bluesman anglais émancipé mais fragile.

Le blues n’est pas trop trop mon truc en général, le blues-rock non plus, voire encore moins, mais je ne vais pas m’étendre davantage sur le sujet et plutôt me contenter de vous présenter en quelques mots le disque d’un Londonien nommé Duffy Power, qui a passé l’essentiel de sa carrière à chanter le blues mais que j’ai découvert via ses quelques chansons pas tout à fait blues, lesquelles sont fantastiques. Ces chansons figurent pour la plupart sur son seul véritable album, qui à sa sortie en 1973 fut très bien reçu par la critique mais beaucoup moins bien par le public. Cela faisait déjà une décennie bien tassée que Duffy avait démarré la musique, d’abord en tant que très jeune leader de son groupe Duffy and the Dreamers, qui jouait du rock’n’roll et du rythm’n’blues à la fin des années 50, puis en intégrant donc la fameuse scène blues britannique naissante, où il côtoya entre autres John McLaughlin avant que celui ne fonde son Mahavishnu Orchestra, Terry Cox, qui allait devenir batteur de Pentangle, ainsi que les futurs Cream Jack Bruce et Ginger Baker, ou encore d’autres personnages visiblement incontournables de cette période charnière mais dont je n’avais jusqu’ici jamais entendu parler, comme Alexis Korner et Graham Bond. Il enregistra aux côtés de certains de ces instrumentistes sous l’entité Duffy’s Nucleus, dont la discographie reste compliquée à démêler si j’en crois Allmusic, site pourtant peu connu pour laisser les choses dans le brouillard.

Duffy Power, de son vrai nom Raymond Leslie Howard, souffrait par ailleurs de problèmes de dépression et d’addiction qui ont sans aucun doute miné son développement musical, mais en 1973 il finirait donc par sortir cet album solo éponyme sur GSF, réédité en 2007 par un autre label au nom acronymique, et lui aussi anglais, RPM. Coproduit par le célèbre manager des Stones, Andrew Loog Oldham, il offre une majorité de titres blues-rock que je crois pouvoir dire de très bonne facture, au son crépitant, emmenés par sa voix troublante, un mélange de rocaille soul – voire de gravier soul –  et de filet flûté et chevrotant qui rappelle parfois Robert Wyatt, servant des textes empreints d’une espèce de religiosité sylvestre.

Mais comme je le disais plus haut, ce sont surtout les chansons s’éloignant du blues et accentuées de folk ou de jazz qui m’ont terrassé, car elles réussissent à préserver le son rustique de l’ensemble tout en se permettant d’imprévisibles envolées de cordes ou de claviers. Ces arrangements semblent mixés en arrière ou à côté, ils ne débarquent pas pour se la ramener, mais prennent peu à peu du volume, de l’assurance, avant de s’interrompre d’un coup, car les morceaux sont très courts, en général moins de trois minutes. « River », « Love Is Shelter », « Love Song », et donc la majestueuse et résignée « Holiday » avec son humeur entre hébétude et extase –« I’m devoted to someone who’s wandering » –, me tiennent chaud depuis maintenant quelques mois, ce sont des petits feux de cheminée, voire des poêles à bois, mais jamais des inserts, ces inventions insupportables que l’État impose désormais à ceux qui veulent rénover leur vieille maison !

Je vous laisse pour le moment découvrir (ou re-découvrir, pour les plus bluesophiles d’entre vous), ces chaudes pierrailles de Duffy Power, qui seront peut-être banales aux oreilles des connaisseurs mais qui, en ce qui me concerne, me soulèvent le cœur avec grâce et simplicité. Vous pouvez aussi écouter sur les habituels Deezer, Spotify et Apple Music une anthologie de ses travaux précédents, où ses failles s’entendent déjà. Power se retirera de la scène à la fin des années 70, avant de faire un petit retour dans les années 2000. Il est mort en 2014 à l’âge de 72 ans.

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