THE BLUE NILE – Peace At Last (Warner, 1996)

Album en écoute sur Spotify, Deezer, Apple

Aujourd’hui c’est l’Armistice et ça tombe bien puisque ça faisait quelque temps que je voulais parler d’un album qui lui aussi célèbre la paix : Peace At Last de The Blue Nile. Je ne vais pas vous ennuyer longtemps car les jours fériés, on se repose, mais je dirai simplement que ce troisième album du groupe écossais (dont Frédéric Junqua parlait si bien dans le numéro 4 d’Audimat, que vous avez peut-être pu lire du temps où il n’était pas encore épuisé) n’est pas aussi fameux que les deux premiers, A Walk Across the Rooftops et Hats, notamment parce qu’il n’use que parcimonieusement des synthétiseurs aériens et de la technologie digitale haut de gamme qui donnait à ces deux précédents disques leur cachet sophistichic, cette patine aqueuse mais brillante, semblable aux trottoirs de Glasgow après une giboulée de mars. Pourtant il mérite notre considération, ne serait-ce que par son caractère justement plus normal, par son refus du halo, du fard.

C’est en effet un disque d’après le lyrisme et les utopies du cœur, au romantisme moins épanché que jadis – sept ans ont passé depuis Hats, et douze depuis Rooftops –. Il y est question de choses plus sereines ; le chanteur Paul Buchanan aborde la paix enfin atteinte, donc, la stabilité, l’amour qui dure et la vie de famille – ce qui peut sembler étrange puisqu’entre 1991 et 1993, il vivait en couple, certes, mais à Los Angeles, et avec Rosanna Arquette, que j’adore mais qui, sans vouloir juger, n’avait à l’époque pas l’air d’être la femme la plus stabilisante de la région – et qui par ailleurs avait déjà eu des histoires avec Jeff Porcaro et Peter Gabriel, soit deux mecs qui pesaient beaucoup plus que ce pauvre Paul, lequel devait à tous les coups se mettre une pression pas possible, mais bref je m’égare.

Peace At Last est sans aucun doute une œuvre apaisée et apaisante, qui passe hyper bien un jour d’oisiveté ou de vacance à des occupations domestiques de type cuisine ou rangement. Certes, les arrangements y sont moins exquis, moins éthérés qu’auparavant, parfois même ils s’enfoncent dans un océan de banalité FM – guitare acoustique, piano sérieux, caisse claire hyper nineties – mais l’âme mélancolique du groupe habite toujours les lieux et les quelques touches de claviers et de rythmiques en boîte rendent tout ça discrètement singulier – on note d’ailleurs sur un titre la collaboration de l’arrangeur de Massive Attack Craig Armstrong.

On ne se la ramène pas, mais on se sait quand même un peu spécial, on cultive incognito son rapport légèrement twisté à la fadeur du monde alentour. Ça pourrait presque sonner comme de la variété internationale à la Sting ou à la Springsteen, mais même lorsqu’il veut faire un disque qui potentiellement râtisse large et parle à tout le monde, le trio écossais ne peut s’empêcher d’y ajouter des petits détails, des sortes de plans serrés sur des objets qui devraient normalement être hors champ ou d’insérer des séquences anormalement longues. En tout cas, c’est un album dont le côté plan-plan parvient à ne jamais agacer : c’est même un plan-plan désirable qu’il nous propose, une sorte d’ennui éclairé et facile à vivre, modelé dans un espace sonore qui ne demande qu’à être habité. Il suggère une paix, donc, résignée mais acceptable, et qui exhale le parfum tiède et pastel de la vie adulte. Bon armistice à toutes et à tous. 

 

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