ACETONE – 1992-2001 (Light In the Attic, 2017)

 

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Je vais faire court ce matin en vous recommandant cette anthologie d’un groupe indie californien oublié des années 90, dont je n’avais entendu que des bribes après avoir lu quelques articles à son sujet dans Magic ou Les Inrockuptibles. Je me rappelle tout de même leur style anachronique à l’époque puisqu’ils jouaient un rock pas toujours bruyant, voire tendre et apaisant, très influencé par le troisième album du Velvet, en l’occurrence un disque que j’écoutais pas mal durant ces années-là, et également proche du son rétro-foncedé de Mazzy Star ou Spiritualized. Acetone ont sorti cinq albums dans cette veine mi-noisy mi-planante, jusqu’au suicide de leur chanteur et bassiste Richie Lee en 2001 et en dépit d’avoir reçu le soutien de quelques fans célèbres comme Neil Young ou Jason Pierce, il n’a jamais trop connu le succès, même à l’échelle des college radios. C’est donc presque logique que le label Light In the Attic, expert en causes perdues, lui ait consacré cette anthologie voici deux ans, qui comporte en outre quelques inédits et lui a valu une bonne quoique trop tardive couverture presse, avec notamment une chronique enflammée de Neil Kulkarni pour Quietus.

Le parti-pris des curateurs a été de ne se concentrer que sur la facette « soleil et langueur » du son d’Acetone. Historiquement, c’est du révisionnisme, car c’est faire abstraction du terrain heavy/grunge dont venait en partie le groupe ; en revanche, esthétiquement, c’est très bien vu car ça donne un disque d’une extrême cohérence et d’une extrême fluidité, deux choses salutaires en ces jours de grosse chaleur. Ça sonne parfois comme de la soul faite par des rockers de la « génération X », le groove country-blues ambiance la touffeur californienne comme s’il avait fait ça toute sa vie, et en même temps ça garde un feeling de blanc paumé sur les routes de L.A., plus ou moins à la Joan Didion, mais pas avec le même argent dans le portefeuille. L’anthologie fait de la musique d’Acetone une musique de genre, quasi traditionnelle dans sa fabrication – c’est à peu près toujours les mêmes éléments, les mêmes effets, le même chant –, et si ça peut biaiser l’idée réelle qu’avaient en tête les membres du groupe, ça offre néanmoins un bel écrin à cette dimension de leur travail.

Le détail important à retenir, en tout cas, c’est que ces chansons à leur sortie jugées trop rétro ou trop conservatrices ont aujourd’hui très bien vieilli, je dirais même qu’elles sont à leur top et qu’elles n’attendent plus que d’être plébiscitées par les music supervisors et les éditeurs de playlists : précision velvetienne, espace dessiné comme de la végétation, lignes mélodiques exercées et évidentes, il y a tout ce qu’il faut dans ce slowcore lumineux pour bien vivre la torpeur, que l’on roule dans une Modus sans clim sur l’A77 (la fameuse « autoroute de l’arbre ») ou que l’on visite une pépinière en compagnie d’un paysagiste pensif.

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