Poésie écossaise avec platinisme et rareté

Musique Journal -   Poésie écossaise avec platinisme et rareté
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Depuis quelques mois je participe à une aventure assez neuve pour moi, à savoir l’organisation de concerts dans un lieu dédié : Mafaldaz (pas de le ou de la ; dites chez ou au, à la rigueur), situé dans le quartier du Panier, à Marseille. Une entreprise m’entraînant de l’autre côté de l’entrée et du bar avec un peu plus d’assiduité que lors de mes précédentes expériences, et qui a l’avantage indéniable de parfaitement épouser mes nouvelles prérogatives de pépère sans patrie : le volume sonore est convenable, la jauge est réduite à une trentaine de personnes maximum, à 23 heures c’est plié, y a même des bancs.

Les conditions sont chouettes, mais l’équipe l’est encore plus. Mafaldaz, c’est cette Internationale d’autochtones partout allogènes, qui tentent de dépasser les incompréhensions et malentendus linguistiques et culturels pour musiquer de concert justement, oublier l’état désastreux du monde, parfois des situations personnelles qui en portent les stigmates. Me voilà donc embarqué avec plaisir dans cet espèce de Megazord à peine allégorique, communauté circonstancielle magnifique finalement très marseillaise. C’est beau, du vrai vivre ensemble dans le dur, contrairement à la fable que ce joueur de flûte pas du tout safe de Payan ne cesse de vouloir imposer.

J’ai dans l’idée de vous partager quelques choses que font ces gentes – qui sont un peu l’incarnation du musical dans ma vie ces temps-ci – à côté de notre épopée relax commune. Il y a par exemple Ben, bel·le âme originaire de Leeds, arrivée il y a peu dans les Bouches-du-Rhône depuis Glasgow, où iel étudiait à la School of Fine Art ; Ben qui disait quelques poèmes issus de son dernier recueil, COWS, la semaine dernière lors d’une lecture chic et sans prétention mais en langue anglaise, ce qui était une première pour moi, pour de la poésie en tout cas. Et me voilà donc à tenter d’attraper au vol le sens (celui qui survole les mots, les phrases) de ce que j’entends tout en galérant, sans surprise. J’ai assez vite lâché l’affaire pour me trouver pénétré par l’évidence d’une situation réaffirmant avec simplicité que si la poésie se lit évidemment, elle se dit aussi (surtout ?) ; submergé par la verve toute britannique de lae récitant·e, à la fois ciselée et onctueuse, nonchalante et gorgée d’émotions.

Ben est poète·sse donc, mais aussi platiniste. La manière dont elle allie ces deux pratiques pour contaminer et expandre le champ du sensé et du sensible me parle très, très fort. Et la rareté des traces de cette expression en ligne rajoute encore à ma passion : il y a Text for Two Voiced Turntables (2022), pièce écrite-lue-jouée, très musicale et affûtée, où le texte rebondit et répète, glisse, s’altère et se coupe la parole à lui-même, et dont il ne subsiste malheureusement que cet extrait, même pour l’auteur·ice. Avec ces quelques lignes et cette grosse minute on capte déjà l’essence du style gracieux et ergonomique de Ben, sa vibe serrée dans la décontraction, nerveuse dans son entièreté. La poésie qui émerge à nouveau et sans cesse du poème concassé, les connexions se font presque malgré lae démiurge : voilà ce que sampler veut dire, dans toute sa polysémie.

Quand je lui ai dit mon intérêt pour cette poésie fract(aur)ale, Ben m’a envoyé un lien vers ses scratch poems (2021), trois miniatures balançant comme des menaces tranquilles, toujours dans la même veine que son autre pièce, avec quelque chose de plus incarné et intime, vivant. Je les aime beaucoup aussi : j’y retrouve cette diction et ces césures, une dextérité pour l’agencement vivace. Et puis pour dériver un peu mais pas vraiment, sur ce même soundcloud il y a aussi son premier concert tout·e seul·e, aux platines toujours. Un truc bien sassy, sexy et messy (dans le bon sens du terme) pour user de la langue de l’autochtone, et plus pile dans l’air du temps, sans aller à la facilité, ce qui me parle également (évidemment).

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