Revenir à la radio qui parle, sur les ondes, grâce à une émission musicale, sur internet

Jean-Michel Beaudet Yapou, toutes les musiques
La clé des ondes, 2022-2025
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La Clé des Ondes
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Véritable boulimique du format radiophonique durant mes jeunes années, j’ai totalement lâché l’affaire en observant sa déliquescence en direct. Mes parents écoutaient, et écoutent encore d’ailleurs, France Inter en continu. Il serait plus juste de dire que la plupart du temps iels l’entendaient plus qu’iels ne l’écoutaient, mais aussi que c’est cette radio en particulier que j’ai entendu agoniser lentement. Le flux ininterrompu de la Tivoli était une connexion continue (et à sens unique) avec le monde, un moyen de bloquer les pensées parasites, de soustraire la parole. Un flot, une omniprésence qui comble le vide terrifiant et rassure, un rouleau compresseur qui assène, le cœur de la modernité tardive, une foule de névroses et bien d’autres choses. Je garde donc de cette expérience filée à deux doigts du matraquage idéologique un trop-plein qui me tiendra toujours à distance, mais aussi des souvenirs phoniques constitutifs. La radio a fait mon oreille et m’a fait plus largement, c’est sûr.

Sur la décennie 2000, France Inter incarne pour moi le nec plus ultra de la radio d’État : une programmation musicale standard mais ouverte, une liberté de ton et un engagement minimal de soc’ dem’ qui passerait aujourd’hui pour du marxisme. Il y a évidemment de la nostalgie là-dedans, je regrette un avant que j’idéalise comme un ancêtre qui sucre MAIS OBJECTIVEMENT, la FM c’était carrément mieux avant, et je n’ose même pas ici évoquer l’époque des radios libres. Je me revois, le poste radio à côté du pieu, calé sur celui-ci, tranquille, me délectant sans vergogne dans la barbouzerie internationale avec les Rendez-Vous avec X (mais quels frissons, bordel) ou de la la voix inimitable de Patrice Gélinet me parlant de la Commune dans 2000 ans d’Histoire. Je n’oublie pas non plus Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet, les sessions de ce monsieur Bernard Lenoir – je suis désolé, mais c’est un autre niveau que Michka Assayas ! – , le générique de L’humeur vagabonde ; La Bande à Bonnaud aussi, dont la suppression, en 2007, impulsera une grève générale, et puis les récits collés, au deux sens du terme, de Panique au Mangin Palace… Et la nuit, cela ne s’arrêtait pas : la grille déroulait, alors j’écoutais, encore. Dans la solitude et l’obscurité de cette même chambre, Les récits de Nuits noires, nuits blanches me tiennent éveillés alors qu’au milieu de la nuit, Serge Levaillant me réveille avec ses histoires improbables. La comparaison avec ce qu’est devenue cette radio aujourd’hui est tout simplement impossible tant l’écart qualitatif est gigantesque.

La réduction de la diversité de la grille et la fin des émissions de nuit (laissant place à des rediffusions systématiques) s’accompagne d’un appauvrissement très clair du niveau des émissions et à un progressif mais tout aussi clair virage à droite de la part une radio qui n’avait pourtant jamais flirté avec le communisme libertaire. Cela me conduit, geste classique, à me déporter vers France Culture, qui me déçoit malheureusement assez vite, pour des raisons analogues. J’ai testé Radio Libertaire un temps, mais je peine à m’accrocher tant c’est l’évidence : je n’en peux plus, j’ai bouffé trop de FM.

Avec les radios en ligne, j’ai cru trouver un nouveau souffle, mais je me suis juste retrouvé à en faire (merci LYL) et pas plus à en écouter. La profusion me submerge, et NTS n’est donc pas vraiment envisageable. Ce qui me manque, c’est que l’on me parle, que l’on me raconte des choses. Pour ça la baladodiffusion marche bien me direz-vous, mais j’aime aussi me laisser porter, ne pas vraiment savoir ce qui m’attend, ce qui était l’avantage de la radio hertzienne. Mais alors, comment revenir à mon époque, retrouver cette saveur perdue sans me complaire dans la réaction ? Encore une fois c’est mon directeur de thèse, Jean-Michel, très sympathique ethnomusicologue girondin à la retraite, qui m’a permis de voir la lumière, en me partageant son émission de radio à lui, nommée Yapou, pas mal orientée ethnomusicologie mais pas seulement, et diffusée tous les mardi depuis 2022 sur La Clé des Ondes, radio régionale bordelaise émettant sur le 90.1.

Impossible pour moi d’écouter l’antenne en direct, si ce n’est sur le net (ce que je pourrais faire mais que je ne fais pas) et je me retrouve avec des rediffusions, ce qui ne change pas grand-chose par rapport à une radio en ligne. Pourtant, je ne sais pas comment l’expliquer, il y a de la mystique et de l’affect, mais cette émission appliquée et simple d’un chercheur engagé sur une radio tout aussi engagée m’a fait immédiatement renouer avec cette écoute particulière, à l’affût. Ce que j’aime par dessus tout, c’est que je me fais surprendre. Je n’adhère pas à toute la programmation de JM, et déjà ça, ça me plaît. Je crois que c’est même ce qui est primordial dans l’écoute de la FM, quand elle est autre que moi mais que pendant un temps nos ondes mutuelles racontent quelque chose ensemble.

Et là, c’est ça : je trouve de l’altérité dans du familier, JM est un pédagogue et un érudit, mais aussi un selectah grand public qui sort des trucs sur lequel j’appose une signalétique « INTERDICTION » direct, d’autres magnifiques, des « marronniers » ou des « pépites », surtout sur le versant ethnomusicologie. Il est carrément chaud sur l’Amazonie guyanaise, sur le Brésil et l’Océanie, mais son érudition est large et dépasse carrément ces zones et je vous conseille d’en profiter. Il y va toujours avec le cœur et un peu de malice en tout cas, sa voix est pleine de ces choses ; ça se plante des fois, ça flotte un peu – quelque chose que j’ai découvert avec Radio Libertaire et que j’adore – mais c’est ok, cette incarnation. Il aime partager et raconter des histoires, et c’est tout ce que j’attends.

Je suis encore en phase d’auto-dressage vis-à-vis du podcast : je pioche les émissions au hasard mais je m’applique et les écoute sans ellipses, et je fais comme au bon vieux temps, retrouvant peu à peu cette écoute-présence-flux rassurante tout en essayant de la conscientiser pour ne pas la subir, cette fois. Alors allez donc écouter les émissions de ce cher Jean-Michel, qui ne fait pourtant pas grand-chose de plus que ce que font toustes les collègues des radios en ligne mais qui le fait d’une façon qui me touche profondément. Je signale tout de même un manque énorme à ce récit un peu bancal d’un retour à l’essence de la radio qui n’en est pas un, à savoir l’impasse faite sur l’écoute en voiture, parasitée et imprévisible, qui est pour moi comme pour énormément de personnes essentielle. J’y dédierai peut-être un autre article si vous êtes sage (vous le serez, je le sais). En attendant, des KISS !

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