Allons-y pour de vrai, et non comme Jean-Louis Aubert : la vie et les budgets font que cet article va être mon dernier avant un certain temps. Je ressens comme un soulagement, mais surtout un vrai pincement au cœur. Si je suis entré en journalisme, c’est par appât du gain et avec une certaine défiance, chômeur en fin de droits plein de la morgue du jeune ethnomusicologue un peu imbu, persuadé que sa pensée se trouverait souillée. Pourtant il est maintenant clair que cette expérience m’a fortement nourri, en tant que chercheur mais pas seulement.
J’ai appris à affiner ma pensée et donc mon écriture, à trouver l’élégance dans la franchise et la concision. L’écriture en tant que recherche du beau fait aujourd’hui parti de mon musiquer. Je n’ai jamais été contraint ni empêché, mais toujours encouragé, ce qui est une chance incroyable : j’ai pu fouiller, essayer encore et encore, esquisser des bribes de théorie dont les connexions me sont apparues à parfois plusieurs années de distance. Des questions ouvertes ici se sont prolongées dans mes écrits universitaires, et inversement.
J’ai rencontré des auteur·ices, des lecteur·ices, des musicien·nes ; je me suis fait des ami·es. Mon oreille a mûri. Je joue différemment, aussi. La musique m’apparaît désormais comme un endroit primordial de la résistance – le monde a considérablement changé en ces quatre années, d’une manière terrifiante, et mon appréhension de l’écoute et des sons n’a pu que s’adapter en conséquence.
Je parlais de soulagement mais rien ne va réellement changer, en vérité, la rigueur d’une écriture régulière ne va en rien se dissoudre, et l’écriture de ma thèse comblera la place laissée vacante. Bon, fouiller fébrilement Internet/ma mémoire/ma discothèque quand le sujet ne vient pas de lui-même ne me manquera pas, contrairement à la fantaisie sublime consistant à s’interroger sur une myriade de questions et voir émerger, au fur et à mesure, la structure de sa propre pensée.
Je peine à savoir que dire pour vous quitter, même temporairement. J’aurais pu aborder un petit truc léger et partir comme ça, sans trop donner dans le pathos, mais j’aurais du même coup nié une autre chose cruciale que Musique Journal m’a révélée à propos de moi-même : j’aime la dramaturgie et les grandes effusions.
Je pars donc, non avec fracas, ne déconnons pas, mais avec une mélancolie assumée pour ces moments partagés avec vous, physiquement ou par la médiation d’un ordinateur. Ne vous inquiétez en tout cas aucunement, je vous laisse entre de très bonnes mains ; vous avez dû vous en rendre compte, il y pas mal de nouvelles plumes ces temps-ci, on rattrape la parité tout en faisant baisser la moyenne d’âge !
Merci à toustes, je vous embrasse bien fort et vous laisse avec un classique de lovers rock découvert grâce à l’essentielle dernière sortie des éditions Audimat – parfaits patrons, dans la mouise comme toute la filière, alors : achetez des livres sur le site, abonnez-vous, soutenez ! Un tube que je ne peux pas écouter sans penser à un autre morceau tout aussi génial, et voilà ce qui sera ma porte de sortie, et peut-être mon épitaphe aussi : la musique appelle la musique, car tout est musique. PAIX DEHORS !
NDR : la musique de Loïc est disponible en téléchargement gratuit sur son propre site web