On fête le travail de Radio Hito, sur disque, sur scène, et partout entre

Radio Hito L'uso e gli attributi del cuore
Maple Death/Meakusma, 2026
Radio Hito Festival Echos
2022
Écouter
Bandcamp
Écouter
YouTube
Musique Journal -   On fête le travail de Radio Hito, sur disque, sur scène, et partout entre
Chargement…
Musique Journal -   On fête le travail de Radio Hito, sur disque, sur scène, et partout entre
Chargement…
S’abonner
S’abonner

Les turpitudes hasardeuses de cette décidément imprévisible vie m’ont pas mal fait croiser la route de Zen, ces derniers temps : dans les images captées lors de l’édition 2022 du festival Échos que je dérushe actuellement pour ma thèse ; en décembre dernier, à l’occasion d’une soirée de concerts donnés en commun à Paris ; par mails aussi, où l’on discute entre autre d’un disque alors à venir, de la possibilité d’un article dédié – occase sur laquelle j’ai allégrement bondi, cette sortie étant un bon prétexte pour relier les points et enfin aborder le sujet Radio Hito.

Aux premiers abords, la discographie de Nguyễn Zen Mỹ peut paraître monolithique : quatre opus, presque intégralement chantés en italien sur des compositions amplement minimales, avec une maîtrise totale du drame. Une formule que la Brussels-based & Italo-Vietnamese pluridisciplinary artist (dénomination à lâcher nonchalamment avec un vocal fry énervé) fouille avec assiduité en se renouvelant toujours, sans jamais tomber dans la redite. L’instrumentation – une voix, un clavier arrangeur –, les formes et les sensations résonnent toujours avec ce qui a précédé, mais il ne s’agit en aucun cas d’un retour de l’identique. Avec ce nouveau projet, quelque chose fleurit, se dévoile dès l’ouverture, prend de l’ampleur au fur et à mesure des dix chansons. Les arrangements se sont affinés et enrichis, les sonorités sont plus complexes et diverses ; la voix est précise, vivante, agile. Même quand les sons fourmillent (comme sur « Un Rumore »), l’espace ne se trouve jamais encombré outre mesure. L’art de Radio Hito est avant tout un art du juste vide, du juste manque.

Un paradoxe de sa musique, qui ne lui est intrinsèque que dans une certaine mesure, est l’importance donnée à des textes que ses auditeur·ices non-italophones ne comprennent pas, ou alors de manière lacunaire, dans une très grande approximation. Cette cavité, Zen la sculpte par l’affect vocalo-harmonique, la comble par un art du montage charnel – les quelques enregistrements de terrain, du dehors peut-être, parlent avec force de l’intériorité. La littérature qu’elle chante s’ancre dans l’œuvre d’autres artistes, toujours liée à un processus de traduction : de l’espagnol vers l’italien pour ses trois premières sorties (Ascoltami en 2019, Non Solo Sole en 2020 et Voce Lillà en 2021), où les vers d’Octavio Paz ou d’Alejandra Pizarnik forment ainsi une bonne partie du terreau des paroles ; puis à partir du français dans L’uso e gli attributi del cuore, où la musicienne puise dans le livre éponyme (en français : L’usage et les attributs du cœur) de Claude Royet-Journoud, œuvre qu’elle traduit et adapte pour constituer un libretto sur mesure.

Elle joue, trouble le sens supposément logé dans les mots, entre et autour d’eux. Ce qui importe, c’est bien ce qui passe, se perd et/ou se transforme dans le processus alchimique que le texte subit quand il passe d’une langue à une autre, quand il est dit, incarné, chanté. Et c’est exactement ça que Zen semble avoir réussi à saisir avec ce quatrième disque : ce moment du déplacement, cette transition en train d’advenir, ce double état de fait qui est plus que la somme.

Ces nouvelles chansons, je les ai entendues pour la première fois lors du concert donné au Chair de Poule, suspendu comme mes camarades d’écoute, à la merci de la figure quasi-mythologique que devient Zen quand elle joue, quand elle est Radio Hito. Déjà, deux ans auparavant, à Bagnolet, sa plainte bouleversante semblait donner toute sa force au vent, défaisant de ses fleurs l’arbre sous lequel elle se tenait, toujours assise, son clavier sur les genoux. Entre ces deux situations, Zen a travaillé assidûment sur L’uso e gli attributi del cuore, auralement et performativement, enchaînant les concerts pour peaufiner sa tragédie secrète.

Ces souvenirs de Zen en personne, entière à sa musique – je parle des concerts mais cela marche aussi pour ce dernier opus sorti sur Maple Death et Meakusma – me sont très chers car ils symbolisent une façon particulière d’incarner l’émotion musicale, mais aussi de la transmettre. Mais ceux-ci ne sont rien sans celui les contenant tous, maintenant et à jamais ; un moment-objet, une trace filmique de trois minutes teintant forcément toute expérience ultérieure rattachée à Radio Hito, condensant pour moi son ethos.

Je ne parlerai pas ici du festival Échos (retenez-moi !!) dans les détails mais sachez que sa particularité tient dans son mode de diffusion du son : trois trompes gigantesques envoient le son sur une paroi rocheuse, diffusant le son avec un écho très caractéristique dans la vallée. Cela pose une situation d’écoute très particulière et intéressante (que Pali Mersault résume par ailleurs très bien) ; une expérience où le vécu prosaïque de la fête ne peut parasiter le sonore car le sonore est partout.

Cette petite vidéo de quelques minutes, la seule réalisée à l’endroit de la scène – pourquoi venir écouter « là où le son est plat » quand on peut aller sentir l’écho là où coule une rivière ? – est un nœud où ma vie se trouve mêlée à son artisanat. L’écho trouble et déforme, altère, vient dissoudre encore un peu plus le sens des mots chantés par Zen pour ne garder qu’un élixir hautement concentré ; son intention est matérialisée. Ce lien entre la particule première et la réplique qui n’en est pas une se consolide. Là, précisément, en voyant Zen chanté face à la roche, dans la nuit, j’ai su que Radio Hito n’avait absolument rien d’un pastiche décontextualisé, italien par exotisme. C’est de traduction, et donc de poésie pure, et donc de magie, dont il est question. Et ça, L’uso e gli attributi del cuore me l’a magnifiquement révélé.

Farrah Abraham, l’agneau sacrificiel de la hyperpop

2012 : l’autobiographie audio d’une fille mère veuve se transforme en art brut et invente accidentellement la hyperpop.

Musique Journal - Farrah Abraham, l’agneau sacrificiel de la hyperpop
Musique Journal - Huit chansons post-grunge pour réussir sa dépression

Huit chansons post-grunge pour réussir sa dépression

De Codeine à Disco Inferno en passant par Sentridoh et les Red House Painters, Musique Journal vous a trouvé huit chansons sur-mesure pour déprimer malin !

Merci d’avoir patienté et bienvenue dans le retour de Musique Journal

L’élection présidentielle vous a plombés ? Pas de panique : pour vous aider à retrouver votre joie de vivre, Musique Journal a décidé de reprendre son rythme de parution habituel. D’une part en recrutant un adjoint nommé Loïc Ponceau, que l’on vous présente aujourd’hui. Et d’autre part en vous proposant une playlist de remise en forme, sous le signe d’une qualité dont vous avez largement fait preuve : la patience. Allez c’est reparti, pour de vrai cette fois !

Musique Journal - Merci d’avoir patienté et bienvenue dans le retour de Musique Journal
×
Il vous reste article(s) gratuit(s). Abonnez-vous pour continuer à nous lire et nous soutenir.