C’est un EP que l’on voudrait plus long, et dont on espère confusément entendre une suite : il est sorti en novembre sur le label américain Joyful Noise, sur une commande de l’artiste ambient Juliana Barwick, et c’est l’œuvre de la jeune Française Malibu, qui est basée à Bordeaux si je comprends bien, et a convié sur certains titres le violoncelliste Oliver Coates, connu pour ses albums solo sur RVNG ou ses collaborations avec Mica Levi ou Actress. C’est un disque qu’on peut qualifier d’ambient de bureau en précisant qu’il fonctionnera particulièrement bien quand on arrête un peu de fixer son écran et qu’on regarde par la fenêtre, ou juste ailleurs, pour faire un petit break de rêverie. J’ai l’impression qu’il n’en a pas été beaucoup question en France alors que c’est une des plus sublimes réussites récentes en matière de musique immersive. Philip Sherburne en soulignait la noble simplicité dans sa chronique pour Pitchfork et c’est en effet un disque qui se résume concrètement à de grandes étendues peu chargées, à quelques effets qui font doucement osciller ces étendues, à la voix discrètement processed de Malibu, aux cordes de Coates et à la guitare de Florian Le Prisé. C’est toujours bien de le faire remarquer, même si c’est devenu un cliché : une telle clarté de vue n’est jamais facile à obtenir et ça a dû demander pas mal de travail de production, d’édition et d’écoute de soi avant de parvenir à ce que résultat puisse sonner avec une telle évidence lorsqu’on le découvre. Enfin, je ne sais pas vraiment, pour tout vous dire : peut-être que Malibu l’a fabriqué comme ça, spontanément, sans y trop chercher à revenir, et qu’elle a juste le truc pour réussir ce genre de paysages du premier coup. Ce qui est certain, c’est que je ne l’aime pas parce qu’il évoque certains classiques validés de l’ambient (même si c’est pourtant le cas) : c’est plutôt qu’il en renouvelle la promesse d’une musique sans friction, qui nous baigne autant que nous l’écoutons.
La métaphore aquatique vient très vite puisque One Life s’ouvre par de sons de vagues qui affluent et refluent sur un rivage, que l’artiste s’appelle donc Malibu et que le quatrième morceau s’intitule « Lost At Sea » – mais je crois que même sans ses indices on aurait forcément l’océan en tête. Ce n’est pas l’océan qui ondule et nous ballotte, comme chez Arthur Russell : j’y verrais plutôt certaines stases de l’océan qu’on tâcherait d’isoler et de regarder au microscope pour mieux s’y plonger, mieux s’y fondre. C’est en tout cas d’une beauté à la fois vertigineuse et rassurante, voire rassérénante, ce n’est pas du tout de l’ambient pour descendre ou se calmer, au contraire, ça stimule, ça vitalise, ça éveille l’appétit mental. Peut-être parce qu’on y entend des émotions, des accords qui malgré leur retrait offrent pourtant quelque chose de très puissant à éprouver, mettent dans des états pareils à ces sensations neuves et poignantes qui peuvent nous traverser face à, justement, des plages matinales rincées par les vagues, ou des ciels qui se découvrent sur la mer : même si ça ne va « pas plus loin que ça », que ça ne présente pas de circonvolutions particulières, c’est en fait déjà très grand, et ça suffit amplement.
A la recherche de l’ambient de bureau – Episode 3