Quotidien de recommandation musicale

En ce jour de prière musulmane, écoutons la chantre Alima Coulibaly

ALIMA COULIBALY Miftahou Dinn
Alima Coulibaly / King Music, 2003
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Musique Journal -   En ce jour de prière musulmane, écoutons la chantre Alima Coulibaly
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C’est grâce à Vincent Privat de chez Dizonord que j’ai découvert la musique d’Alima Coulibaly, qui se fait aussi appeler Aliman. Cette Ivoirienne est une chanteuse très pieuse dont les dons vocaux font d’elle une chantre de l’islam dans son pays, également populaire chez ses compatriotes vivant en France. La cassette recommandée par Vincent s’appelle Miftahou Dinn et elle peut s’écouter en ligne mais il existe une foule d’autres chansons interprétées par cette artiste, dans des registres variés : ça va de choses qu’on devine conçues, sur le plan sonore, pour le recueillement et la dévotion, à des morceaux plus « pop », plus dansants, sur lesquels Alima semble tout aussi à l’aise. Je connais en revanche très mal le monde des chantres musulmans et, au-delà des titres des chansons (« Les noms d’Allah », « Les miracles de Dieu », « Lahila Ilala », une formule essentielle en islam qui désigne l’unicité d’Allah), je ne comprends pas du tout ce que chante l’Ivoirienne. Tout ce que je sais c’est que j’adore sa voix, qui peut déployer beaucoup de puissance tout comme elle peut parfois s’en tenir à un débit presque parlé, doucement scandé. Par moments, elle se sert de l’autotune de façon strictement ornementale et ça donne à la pureté de son timbre une aura mystérieuse qui me plaît beaucoup. Derrière elle, des compositions réalisées au synthé montrent elles-même une grande diversité, avec des arrangements parfois arabisants, parfois légèrement influencés par le R&B, et qui donnent en tout cas à son chant l’occasion de montrer toute l’étendue de ses talents.

Sur « Patournat Zarrah », Alima tient tête à un beat très vif, reposant sur des tablas, puis avec « Hommage » elle se dispense de rythmique tout en accentuant l’autotune et en faisant appel à des chœurs masculins, c’est vraiment magnifique. La plupart des mélodies présentes sur Miftahou Dinn sont des petits tubes, ou du moins elles rentrent dans la tête sans forcer, pour y résonner paisiblement pendant quelques jours. On dirait qu’elles sont construites de façon circulaire, presque sans début ni fin à force de tourner. C’est particulièrement actif sur « Les noms d’Allah » : on a juste une longue phrase scandée et répétée avec quelques variations, qui s’enroule sur la rythmique, étoffée par quelques fioritures de marimba synthétique. J’adore aussi « Les miracles de Dieu », plus lancinante, avec des flûtes et une mélodie mélancolique, qui à mon sens, dans un registre plus ou moins « ballade », doit être le genre d’influences ouest-africaines revendiquées par Aya Nakamura et l’ensemble des artistes et producteurs de la pop urbaine francophone. Tout est bien sur ce disque, qu’on aime les choses traditionnelles ou plus modernes, le dosage est réussi et ça s’écoute très facilement, c’est fluide et enveloppant, sans jamais lasser.

Alima Coulibaly a une chaîne YouTube très fournie où on trouve quelques clips, certains tournés en France, d’autres en Côte d’Ivoire. C’est la principale source d’informations que j’ai trouvée puisqu’il n’y a par ailleurs que très peu d’articles à son sujet malgré sa popularité – visiblement elle n’a pas besoin de RP pour être une star, son seul argument de vente est son talent. Mais du coup j’ai un peu de mal à savoir dans quelle langue elle chante. Je crois comprendre que son nom de famille est généralement porté par des Bambara et elle apparaît aussi dans une vidéo aux côtés d’une amie présentée comme mandingue (ce qui ferait sens puisque le bambara est une langue mandingue) mais je vais me renseigner un peu mieux et je corrigerai le cas échéant.

Parmi les nombreux « contenus » postés sur sa chaîne j’ai trouvé deux clips diamétralement opposés : il y a celui-ci, très joyeux et très coloré, visiblement filmé à Abidjan au milieu de tout un attroupement de jeunes femmes, et celui-là, carrément plus sombre puisqu’il est tourné dans un cimetière et dans le centre-ville nocturne et quasi désert d’une ville francilienne. Dans les deux cas la musique est superbe même si, là aussi, très différente dans l’ambiance. Il y a aussi tout un tas de vidéos façon « vlog » où l’on suit Alima chez ses amies, souvent pour préparer à manger, notamment pour la fin du ramadan l’an dernier. Avant de se mettre à cuisiner, on les voit s’adresser à la caméra pour réciter quelque chose qui ressemble à la fois à une prière et une chanson, avec des sortes d’adlibs, c’est peut-être quelque chose de courant mais en ce qui me concerne je n’avais jamais vu ça et ça m’a beaucoup intrigué, puis beaucoup plu. Dans une autre vidéo, on voit Alima danser en tenue de fête avec des amies pour le baptême de son fils, dans une atmosphère moins pieuse, où on la sent un peu moins à l’aise, mais où elle semble tout de même accepter de jouer le jeu.

Je vous laisse donc découvrir cette artiste et en attendant je vous souhaite un bon weekend à toutes et tous, avec une pensée particulière pour la Oummat, et pour ses membres qui, comme Alima Coulibaly, sont musiciens.

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