Quotidien de recommandation musicale

Rendons la vie aux tubes de la défunte Danielle Messia

DANIELLE MESSIA Le noctambule, Cantamanana, Dans 10 ans à 4 heures, Le Talisman
Playlist YouTube, 1982/1985
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Musique Journal -   Rendons la vie aux tubes de la défunte Danielle Messia
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En ce jour férié, je vous propose d’écouter quelques chansons de Danielle Messia, autrice-compositrice-interprète française morte d’une leucémie à l’âge de 28 ans en 1985. Je n’avais jamais entendu parler d’elle jusqu’à récemment, son destin tragique n’a pas été tant exploité que ça par les médias de l’époque, même si je lis sur Wiki que Goldman lui a rendu hommage dans sa chanson « Famille ». 

Cette jeune femme, née Danielle Mashiah à Tel Aviv en 1956, a grandi en région parisienne et s’est très tôt mise à faire de la musique. À la fois chanteuse à voix et chanteuse à textes, elle a sorti quatre albums dans les années 1980, dont un posthume, ainsi qu’un disque live. Sa présence vocale entre réalisme et lyrisme s’inscrit dans une certaine tradition de chanson française intense et rugueuse, celle des cafés-concerts, voire celle de la rue. En général, et comme le veut justement cette tradition, la musique qu’on entend derrière Danielle – une sorte de variété qui emprunte au rock, au jazz-funk et parfois même au reggae – sert surtout à l’accompagner, elle et son écriture, son phrasé, et je dois dire que ça donne des morceaux certes très réussis pour les fans de ce genre de répertoire, mais qui personnellement ne m’enchantent pas : ça penche trop du côté de la lettre et de l’expression, et pas assez de la forme. Mais il y a néanmoins quelques chansons dont les compos et les arrangements parviennent à s’élever au même niveau que la performance et la personnalité de la défunte artiste, à fusionner pour façonner de véritables diamants de pop FM.

Sur De la Main Gauche, son deuxième LP, j’adore ainsi « Le noctambule », son groove précisément nocturne, avec une jolie guitare californienne et des nappes de synthés, et son refrain subtilement orientalisant, comme en retrait, avec une vraie influence psyché bien intégrée, je trouve. Dommage que le reste des prods de l’album soient en majorité plus rentre-dedans.  

Et c’est ensuite sur son troisième album Carnaval, réalisé avec une équipe de pointures (entre autres Pierre-Alain Dahan, Patrice Tison, Daniel Vallancien, Georges Rodi et même Richard Galliano sur un titre, au bandonéon), que Danielle Messia signe des chansons qui me bouleversent. Il y a d’abord « Cantamanana », avec une rythmique limite ska, des steel drums synthétiques, une ligne de chant qui file des points de côté, et un texte qui tourne autour, si j’ai bien compris, d’un personnage de gitan. Il se passe plein de choses, on entend des cascades de drums, des claviers qui se répondent, des refrains qui se doublent, c’est une vraie petite aventure.

J’ai aussi adoré « Dans 10 ans à 4 heures », je sais pas si Bruel a piqué l’idée mais les paroles parlent de se donner rendez-vous dans dix ans, pas au Panthéon certes, mais donc à 16 heures. Riff funky irrésistible, nuancé par ce léger blues francilien qui envape si souvent nos tubes FM eighties, et refrain qui met le temps à venir mais qui explose pour de vrai quand il débarque. Et puis après, hop, passage à la tierce, Danielle peut se le permettre, et en même temps elle repasse vers un couplet plus calme. Un saxo finit par arriver, bien sûr, la coda est un peu confuse, en fade out, mais c’est pas grave, on comprend que ce titre aurait dû être un hit, sauf que non : seulement 5000 vues sur YouTube et pas dispo sur les plateformes, quel scandale.  

Surtout, et enfin, il y a « Le Talisman », qui là est carrément plus qu’un hit : ça devrait passer dix fois par jour sur RFM. Je vais pas perdre mon temps à décrire ce chef-d’œuvre, je dirais juste qu’au troisième refrain Danielle convie carrément des choristes (hommes et femmes) pour envoyer son texte, un texte qui réussit à la fois à être génial sur le plan sonore (le choix des mots est orienté par leur attrait « phonique » – « Comme un Niagara tout au fond du Sahara-hara-hara ») et super beau au niveau du sens, même si un peu flou. J’aimerais bien que tout le monde chante ça à tue-tête aujourd’hui, merci d’avance !

Ce serait pas mal que Carnaval soit réédité, parce que même si je trouve que ces trois chansons s’en démarquent, c’est néanmoins un beau disque dans sa totalité, très ambitieux, totalement à fond, où l’on entend une artiste au sommet de son art, qui se savait déjà malade. Michel Drucker devait la recevoir le 22 juin 1985, elle s’était préparée depuis sa chambre de l’Institut Gustave Roussy à Villejuif, mais hélas, le 13 juin, elle s’éteignait. Je ne sais pas ce qu’aurait pu donner la suite de sa carrière si elle avait survécu, mais en tout cas je vous encourage à aller écouter les enregistrements de cette vieille âme, si vous ne les connaissiez pas déjà. Bon weekend à toustes.

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