L’underground J-Pop de 2026 en onze morceaux

VARIOUS – Underground J-Pop 2026
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Musique Journal -   L’underground J-Pop de 2026 en onze morceaux
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Comme beaucoup d’autres nations, le Japon traverse une crise culturelle puissante et profonde. Conçu et reçu de manière semi-ouverte comme un « opium du peuple » doux, le divertissement grand public, habitué à une neutralité politique de façade, ne peut s’empêcher d’absorber l’air du temps pour le meilleur, et surtout pour le pire. Étourdi par les flux de touristes, tenaillé par les puissances impérialistes et plébiscitant de plus en plus et à mots à peine couverts des idéologies réactionnaires, militaristes et violentes, la part sombre et anxieuse du conscient collectif japonais déborde naturellement sur sa culture, laquelle flirte régulièrement avec un conservatisme sclérosant. La J-Pop n’y est pas étrangère, que ce soit par la nostalgie subtilement populiste d’un groupe pop-rock comme Mrs. Green Apple, qui sous ses airs inoffensifs, promeut une certaine vision du statu quo. La chanteuse Ado, devenue une star mondiale et le symbole de la J-Pop des années 2020, n’est pas non plus imperméable à ce zeitgeist. Sa proposition esthétique originale, qui emprunte à la fois à la culture vocaloid et au théâtre traditionnel japonais, la place plus ou moins malgré elle dans un héritage nationaliste qui serait inoffensif s’il n’était pas parfois mis au service d’œuvres qui le sont moins, comme la seconde adaptation live du manga de Kaiji Kawaguchi, The Silent Service, dont elle assure le thème musical. Une œuvre culte et polémique des années 80-90, qui relate le combat du capitaine Kaieda pour faire reconnaître un sous-marin nucléaire, le Yamato, en tant que nation indépendante. Et qui en 2026 résonne de manière particulière, dans le contexte tendu du réarmement d’un Japon qui s’éloigne de plus en plus de son pacifisme post-Seconde Guerre mondiale. À cela s’ajoute la crise structurelle de l’industrie des idols, prisonnière de ses contradictions et de ses crimes passés, qui peine à trouver un chemin face à la concurrence des autres scènes d’Asie. Au milieu de tout ça, une nouvelle génération d’artistes s’empare du passé, du présent et de l’avenir, de la J-Pop de leur enfance à celle des vocaloids. En faisant vivre la culture avec des collaborations en tous genres, au Japon et au-delà. Leur positionnement vis-à-vis du mainstream a évolué par rapport aux générations précédentes : il ne s’agit pas ou plus seulement de constituer une alternative à la J-Pop « officielle », mais bel et bien de prendre sa place dans le cœur des auditeurs, sans animosité ni rancœur, simplement pour faire porter sa propre voix.

MEZZ – « Die A Little Bit » 

Chanteuse et rappeuse basée à Tokyo, MEZZ incarne peut-être mieux qu’aucune autre le crossover organique entre underground et pop mainstream. Proche collaboratrice du label et collectif TREKKIE TRAX qui promeut une approche transversale de la musique de club, elle est également une professionnelle de l’ombre reconnue, qui apporte son expertise à la pop très grand public des youtubeurs et des séries télé. Ses titres personnels sont le reflet de cette polyvalence, à l’image de « Die A Little Bit ». Si la production de dubby bunny s’appuie sur une ligne de basse UK garage et des harmonies aériennes dans la droite lignée des succès récents de PinkPantheress ou NewJeans, la chanteuse y apporte une incarnation chic et fluide qui la singularise du tout-venant de cette typologie de pop. La nonchalance suave très Y2K de son interprétation l’inscrit dans l’héritage d’une certaine J-Pop du début du siècle, celle de LISA et Hiromi, artistes elles-mêmes imbibées d’influences R&B anglo-saxonnes. La manière qu’a MEZZ de se servir du langage comme d’une matière mélodique à vocation galvanisante, jamais loin du club, donne au morceau son charme à la fois original et très contemporain, qui ne tombe jamais dans l’hommage ou la facilité nostalgique. En cela le motif qui fait le morceau, « Die a little bit / Everytime I say goodbye I die a little bit » semble être conçu pour ne jamais mourir, et pour rebondir en boucle sur un dancefloor ou dans un cœur qui s’accroche à l’euphorie fébrile du sentiment amoureux.

Safmusic – « slow&sad » 

Qu’il s’agisse du rock mélancolique de moza, du hip-hop déconstruit de One Boiling Point ou de la pop existentielle de suL, les artistes du collectif 庭 niwa (jardin) ont en commun d’être tournés vers le soleil. Volontiers expérimentaux dans leurs genres respectifs, ils aiment les textures et filtres typiques du registre synthétique de la pop underground est-asiatique tout en privilégiant certains enchaînements d’accords propices à la nostalgie. Ces éléments forment une identité sonore commune, comme un besoin d’espace, une réponse à l’appel du grand air qui contraste avec l’escalade de saturation de l’époque. Ponte du collectif, safmusic synthétise cet idéal lumineux avec sa pop exaltée, nourrie d’influences hip-hop et punk mélodique. Extrait de son EP SLIDE AND ESCAPE, « slow&sad » est une presque-ballade gorgée de soleil numérique, lequel semble appeler à lui les différents éléments de production, des gazouillis d’oiseaux artificiels à l’interprétation sous autotune maximaliste de l’artiste. Qui ouvre le titre par « I’m fading before u », comme si l’objet de son désarroi lyrique était bien l’astre solaire. Ce contraste entre sa complainte lente et triste et l’optimisme musical du morceau est à l’image du jardin entretenu par 庭 niwa : l’immensité du ciel bleu devient un refuge idéalisé, à portée de regard et pourtant si loin de nos réalités émotionnelles.

Lilniina ft.e5,utumiyacom,142clawz – « GYAKUTEN » 

Si une chose caractérise l’insaisissable pop d’avant-garde japonaise, c’est bien la solidarité. Que ce soit sur les line-ups ou les featurings, les artistes se rencontrent et collaborent avec une générosité qui déborde sur les auditeurs et participe à la vivacité de ces nouvelles scènes. Après une première compilation « NOVA » l’an passé, le label LOUDROID revient avec « GALFY Side Story », qui rassemble sur six titres une partie des experts de ce genre liquide, sous influence vocaloid, bass music et de nuances de rave allant de l’EDM au hardstyle. Toujours à l’aise avec les collaborations, Lilniina préside sur le morceau « GYAKUTEN » (retournement de situation). L’artiste qui s’est imposée depuis le début de la décennie comme l’un des principaux visages de la hyperpop à la japonaise, a développé un style à la fois kawaii et décomplexé, bitchy et indépendant, qu’une ligne à double-sens du morceau résume bien : 嫌われないギリギリ »可愛がる »をフィッティング中 , « J’essaye de trouver le bon dosage de “mignonneté” pour que tu ne me détestes pas ») . La production fluo et acidulée de 142Clawz a été pensée comme une arène où les combattantes aux styles habituellement très différents peuvent être à leur avantage en équipe. Lilniina et son aura arrogante pleine de maîtrise, la plus mystérieuse et délicate utumiyqcom, et la chanteuse-rappeuse e5, dont l’interprétation caractéristique est toujours chargée en émotions même dans ses morceaux les plus régressifs. Le trio est rejoint par 142Clawz en mode méchant de sentaï, à qui la taurine et le sucre de sa propre production semblent faire tourner la tête. Dans une ivresse joyeuse, de celle qui rassemble des personnalités disparates autour d’un projet commun : la fête.  

Nerdneko – « never mind » (feat. Hatsune Miku)

Depuis sa naissance il y a presque vingt ans, Hatsune Miku, idol virtuelle et incarnation d’une voix de synthèse (ou vocaloid, du nom du logiciel associé), est devenue l’un des principaux symboles de la pop culture japonaise du XXIème siècle. La plupart des styles musicaux sont à différents degrés sujets à son influence, du mainstream à l’underground. Le « mikgazer », qui allie le shoegaze à la voix synthétique de la chanteuse, en est l’une des expressions les plus florissantes, avec une vivacité non démentie depuis la sortie en 2012 de la compilation culte Mikgazer vol. 1.  Si Miku est parfois utilisée par les artistes comme un simple outil, le tokyoïte nerdneko s’approprie pour sa part aussi bien son empreinte musicale que ses attributs iconographiques. Pour en extraire une sorte d’essence de « bleu », dans un processus conscient qu’il décrivait en 2025 au magazine Weeave : « Si je devais définir mes racines – l’immaturité, la mélancolie, mon état psychique – en une couleur, ce serait le “bleu”. J’ai articulé à la fois l’aspect visuel et la tonalité sonore autour de ce bleu brumeux. » Et de fait émerge de sa musique la mélancolie existentielle propre au shoegaze, ramenée à une sorte de naïveté universelle par l’utilisation du vocaloid. Sur « never mind », extrait de l’EP du même nom, la chanteuse virtuelle déclame comme une prière un message d’espoir, une invitation à aller de l’avant. Son statut de déesse immatérielle et bienveillante permettant à nerdneko de laisser parler la musique pour faire passer son message.

Tamanaramen – « Memento (Fragment) »  

Actives depuis la fin des années 2010, les sœurs Pikam et Hana conçoivent leur duo tamanaramen comme une performance totale, qui passe par la musique, les visuels mais également leur façon de se présenter au monde. La douceur mystique qui se dégage de leurs looks et de leur présence sur scène confère ainsi aux deux artistes une aura intimidante, plus proche de personnages de contes de fée que d’artistes pop. Cette manière de brouiller les pistes entre le réel et le merveilleux se retrouve formellement dans leur musique, à la croisée des genres et des émotions. « Memento (Fragment) », issu de l’EP Memento, ne choisit pas entre la berceuse et le morceau assez relevé pour un warm-up. L’appel du sommeil et celui du dancefloor sont renvoyés à la même essence, celle du passage vers un monde onirique et inconnu. Les murmures de Pikam guident l’auditeur vers cette nouvelle strate de conscience, où il sera libre de puiser dans une source de jouvence énergisante, alimentée par les motifs rythmiques et harmoniques de ce morceau de pop d’avant-garde. Il pourra sinon trouver refuge dans sa dimension ambient mélodique, clairière de nappes éthérées où il est permis de se reposer sous la protection des deux fées.

Usabeni – « Not Your Idol » (A-Bug Remix)

Comme la plupart des industries culturelles japonaises, celle des idols n’échappe pas à un conservatisme stratégique et organisationnel qui garantie une forme de stabilité, mais laisse peu de place à la réforme ou à l’innovation structurelle. Au milieu des années 2010, le sociologue Hamano Satoshi embrasse ses problématiques en menant à bien une expérience : celle d’accompagner depuis leur formation des groupes auto-gérés, où les choix et les envies des artistes sont au centre du processus créatif et décisionnaire. Issu de cette expérience, le groupe avandoned sera particulièrement « livré à lui-même », les chanteuses ayant les coudées franches sur le plan artistique, tout en se voyant attribuées de nombreuses responsabilités non-dévolues aux idols dans les structures conventionnelles. La chanteuse usabeni fait office de leadeuse de ce groupe original, et doit apprendre par la pratique les différentes compétences nécessaires à la gestion d’une entité J-Pop à travers un processus situé quelque part entre l’aventure entrepreneuriale et la formation à un artisanat. Désormais active en solo, usabeni cultive une esthétique pop résolument DIY, qui passe par la musique mais également ses visuels, ses productions éditoriales et ses collaborations internationales. La J-Pop est toujours au centre, et l’artiste qui maîtrise son sujet semble être parvenu à faire le tri entre la générosité accessible inhérente à la culture idol et les artifices étouffants voire toxiques pour la créativité. Ainsi l’album Because My Idol sorti en 2025 est-il pop et actuel dans ses thématiques et ses sonorités, tandis que l’incarnation indépendante de l’artiste permet d’agir comme un miroir plus sincère et vraisemblable de la réalité esthétique d’une jeune de sa génération.  Le titre bien-nommé « Not Your Idol » et son texte peut-être métaphorique sur le destin particulier de la chanteuse a été remixé officiellement cette année par le brésilien A-Bug, basé à Tokyo et spécialisé dans les remixes de musique de jeu vidéo japonais. Cette collaboration lui permet d’explorer des influences Baile Funk et d’emmener ce morceau pop à la fois mignon et élégant vers quelque chose de plus futuriste. Avec derrière, on l’imagine, toujours la volonté d’usabeni de jouer avec les codes de la J-Pop, tout simplement parce que c’est possible.

AOTQ & NMKF – « コットンキャンディー (Cotton Candy) » 

Le producteur AOTQ sait se faire attendre. Remarqué avec les albums e-muzak et ALONE sortis sur le label Local Visions, sa vision de l’easy listening se distinguait déjà du tout-venant des beats tapes lo-fi par d’élégantes dissonances émotionnelles. Curieux de nouveaux horizons, les vocaloids lui permettent de rompre artificiellement la solitude, notamment sur l’EP magical gadget où l’artiste emmène Hatsune Miku dans quatre odyssées chillout hypnotisantes. Jusqu’à ce que le destin ne mette sur sa route son âme sœur artistique, la chanteuse et productrice Natsume Kungfu (NMKF). Son interprétation nonchalante et gracieuse fait d’elle la muse parfaite pour le style de production méticuleux d’AOTQ, qu’on sent à la fois plus libre et tout en maîtrise sur les deux premiers morceaux qu’ils sortent ensemble. Après trois ans sans nouvelles, le duo revient avec « コットンキャンディー (Cotton Candy) », une douce promenade sous une neige légère. Derrière l’aspect paisible et sucré du titre, l’enchaînement des différents motifs témoigne d’une intensité joyeuse, de celles des retrouvailles après une longue absence. NMKF est davantage investi dans l’écriture de ce morceau, lequel s’impose comme un manifeste de la patte singulière du duo, ancrée dans le son lo-fi mais taillée avec le raffinement et la précision de couturiers passionnés.

Tokimeki Records – « Scramble City » feat. 財津マイ (Mai Zastsu)

Fondé en 2019, le collectif Tokimeki (« battement de cœur ») Records s’est donné pour mission de donner une seconde jeunesse à des standards du funk-boogie japonais des années 1980. « Stay With Me », « I Can’t Stop The Loneliness » ou « Mind Circus » sont ainsi passés à la moulinette de la modernité avec des interprétations conservatrices, fidèles aux originales. La mise à jour passe principalement par le mixage et les arrangements numériques, qui adaptent le son de l’époque aux fréquences actuelles. Le craquement des disques vinyles est remplacé par les textures froides de la compression YouTube et le son étouffé des enceintes sans fil. Le projet Tokimeki est ainsi à double tranchant : il rend facilement accessible un patrimoine qui suscite de plus en plus de curiosité à travers le monde, tout en le figeant dans une sorte de glue numérique peu compatible avec les émotions vibrantes des titres originaux. Soucieux de se diversifier et de sortir d’un tout-reprises probablement peu rémunérateur, le collectif produit également des titres originaux comme « Scramble City » (sans lien avec le mythique titre de Satoko Shimonari pour les Transformers) avec la chanteuse Mai Zastsu. Le morceau témoigne d’une compréhension aiguë de son sujet par Tokimeki Records, qui tout en s’inscrivant dans le son « néo-retro » qu’on leur associe, évitent le pastiche et la caricature. Outre les arrangements modernes, la mélancolie contemporaine du texte (il y est question notamment de messages LINE) semble construire un pont avec celle du passé. Tout en restant fétichiste par nature, la nostalgie joue ici davantage un rôle de protéine que de sucre rapide, avec l’idée de peut-être prendre en épaisseur.

Nyachan – « それでね (So, Anyway) » 

L’héritage du groupe blink-182 en 2026 s’incarne principalement dans le son mélancolique hérité de la new wave que le groupe explore un peu plus à chaque album. Jusqu’à leur classique de 2003 sobrement intitulé blink-182, où la reverb signature sur les guitares met en évidence une sensation de fin imminente d’un monde où pourtant tout semble aller bien. Cette nostalgie existentielle continue d’irradier les jeunes artistes de par le monde, directement ou non. C’est par exemple le cas de nyachan sur « れでね (So, Anyway) », morceau qui s’ouvre sur le soleil déclinant du début du siècle avec sa guitare douce-amère, dans la droite lignée du son caractéristique de Tom DeLonge. Le kick sec de la production de Daisy et la voix auto-tunée de la chanteuse nous ramènent d’un claquement de doigt en 2026. L’interprétation à la fois douce et confiante de nyachan permet au morceau de rayonner par-delà l’ancrage californien qu’elle s’est pleinement approprié. L’artiste, qui partage sa vie entre le Japon et la Corée, se sert de cette nostalgie référencée comme d’un moteur émotionnel qui lui est propre, un soleil calme qui se lève sur un jour nouveau.

Louis Vision, Citydrops – « Message » 

L’esthétique city pop a échappé depuis longtemps au microcosme J-Pop. Elle n’est à certains égards aujourd’hui plus que l’ombre d’elle-même, dévoyée par une culture otaku mondialisée, qui flirte parfois avec un fétichisme malvenu. Un état de fait que la jeunesse japonaise a compris et délaissé depuis longtemps, elle qui puise sa nostalgie dans le paradis perdu des années 2000 plutôt que dans les vinyles poussiéreux de papy et mamie. De la nostalgie, il y en a dans les pads du producteur Louis Vision, qui sonnent avec la mélancolie cybernétique de boites à musique d’un autre temps, voire d’un autre monde. L’artiste masqué s’est fait connaître en 2020 avec le tube underground « Love’s Like A Western Song », dont les premières notes du refrain évoquent « The Cruel Angel’s Thesis » de Yoko Takahashi. Fédérant autour lui une équipe d’interprètes issus de la scène underground, sa musique synthétise une pop maximaliste aux refrains immédiatement mémorables à des textures EDM, surélevée d’éléments rythmiques trap. À l’aise autour de 100 bpm, ses mélodies convoquent des images invariablement « japonaises », faites de rides nocturnes sous des néons qui tiennent tête aux étoiles. « Message » avec le boys group Citydrops, convoque le versant le plus sentimental du producteur. Pour une ballade high energy dont la basse résonne comme l’écho de l’âme d’une nouvelle génération qui, un tube underground après l’autre, continue d’écrire le futur de la J-Pop.

white hacker innovator – « (sekai)seifuku » 

Le film All About Lily Chou-Chou, réalisé par Shunji Iwai, prend vingt-cinq ans après sa sortie des airs de flash prophétique. Son mélange étourdissant de violence existentielle et d’émotion exaltée jusqu’à l’absurde résonne plus que jamais avec l’époque actuelle, et fait de l’œuvre un repère pour une nouvelle génération d’artistes, en Asie de l’Est et au-delà. Né la même année que le film, le compositeur et guitariste prolifique ko shinonome semble animé de la même énergie mi-harmonieuse, mi-chaotique. white hacker innovator est l’un des derniers projets qu’il mène avec son label bungei records, l’artiste assurant l’écriture, la composition et les cordes du EP (Sekai) Seifuku. Le titre du même nom, conclusion du disque, donnerait presque le sourire avec ses accords majeurs réconfortants et le dynamisme de l’interprétation de la chanteuse soan. Laquelle passe de sa voix nue à l’Autotune, comme si elle se trouvait déjà à cheval entre deux mondes. L’optimisme affiché est en effet contrebalancé par le texte du morceau, qui regarde droit dans les yeux la terreur existentielle adolescente, faite de harcèlement, de « poudre blanche » et de « projet de réincarnation ». Un morceau qui rayonne d’une noirceur lumineuse, ou l’inverse, comme une toute dernière bonne nuit de sommeil. “明日の朝、世界が終わるらしい / もうハッピーエンドは来ないのよ”(Il paraît que demain matin, c’est la fin du monde. / Il n’y aura plus de happy end.)

Field recordings, tubes et fréquences superposées : écoute simultanée de deux mixes de Lung Dart et d’une pièce de Lia Kohl

Sid Junkins a découvert en elle un couloir qui connecte mystérieusement deux heures de sélection du duo londonien Lung Dart pour NTS et vingt-huit minutes de la musicienne américaine Lia Kohl. Elle nous parle de cette expérience faite de stations de radio entremêlées, d’enregistrements de terrain, de bouts de chansons et de juxtapositions magiques.

Musique Journal - Field recordings, tubes et fréquences superposées : écoute simultanée de deux mixes de Lung Dart et d’une pièce de Lia Kohl
Musique Journal - La techno anglaise est née dans le Nord

La techno anglaise est née dans le Nord

Join The Future est un livre exceptionnel de l’Anglais Matt Anniss, qui remonte aux origines de la dance music anglaise, vers Sheffield, Leeds et Bradford à la fin des années 80. Entre compétitions de breakdance, sound systems clandestins et fétichisme de la basse, bienvenue au royaume du bleeeeeep !

Ça va plus du tout : j’aime un disque de Floating Points (avec Pharoah Sanders, OK)

En se mettant à aimer le disque electro-jazz dont tout le monde parle en ce moment, Marc-Aurèle Baly a cru lâcher la rampe, mais il a très vite lâché prise, pour découvrir une nouvelle forme de joie, de volupté et d’apaisement au son du saxo de Pharoah et du clavecin électrique de Floating Points.  

Musique Journal - Ça va plus du tout : j’aime un disque de Floating Points (avec Pharoah Sanders, OK)
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