100 gecs : le mauvais goût, c’est bon pour la santé

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Dog Show, 2019
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Musique Journal -   100 gecs : le mauvais goût, c’est bon pour la santé
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Fin juillet 2019, le groupe TV Girl s’est plaint de l’album 1000gec sur Twitter et a fini par me le faire découvrir. Le groupe d’indie rock disait de cet album qu’il était l’un des pires qu’il n’ait jamais entendu, et qu’il le trouvait viscéralement mauvais. Évidemment, une déclaration pareille ne pouvait que m’interpeller. Comment quelque chose pouvait être mauvais au point d’en venir à parler d’intestins ?

J’ai fini par tomber rapidement sur l’œuvre en question et sur sa pochette à base de sapin, de personnes blondes qui baissent la tête et de typo d’album punk rock un peu nulle. Le disque aura le droit à une review chez Pitchfork ainsi qu’une vidéo de The Needle Drop mais n’aura aucun écho en France, à ma grande surprise. D’où le présent texte, sachant que A.G. Cook et ses comparses de PC Music l’ont depuis entièrement remixé.

À la première écoute, on pourrait se dire que le groupe 100 gecs, formé de Dylan Brady et Laura Les, fait de la musique au quinze millième degré, avec un grand sens de la blague et de l’autodérision. On pourrait penser qu’iels ne savent pas ce qu’iels font, que ce sont des délires d’ado. Mais à force d’écouter cet album, on se rend compte que le résultat est (bien) produit et réfléchi afin de savamment générer ce « truc » chaotique.

Chanson après chanson, les règles du bon goût du True Music Lover™ s’y effondrent. Drops brostep/EDM (Skrillex est une influence majeure du binôme), plans black metal ou ska, flows rap, voix systématiquement modifiées par l’autotune et autres transformateurs numériques, paroles portant sur les grosses voitures, le fric, mais aussi le hippisme, instruments midi, saturation complète des masters, morceaux qui ressemblent à des tests de sons d’un synthé ou d’un soft nouvellement acquis… C’est clairement la foire, l’orgie, voire le carnaval.

Chaque morceau possède de quoi faire craquer les gens qui ne cherchent que le sérieux et le « haut potentiel musical » pour faire passer des messages en musique. Et c’est bien là que le parti-pris esthétique de 100 gecs est politique. L’autotune vous répulse ? On va en mettre partout jusqu’à l’écœurement. Vous détestez la trap ? Les kicks seront les plus assourdissants que vous ayez jamais entendus. Vous avez oublié l’existence des sonneries de portable en monophonique ? On en fera une chanson d’amour. Vous détestez le ska et les ballades techno ? Quand ça ne sera pas du brostep, vous en boufferez durant tout l’album.

Si la musique pouvait être produite et acceptée dans cet état, le monde irait bien mieux, c’est certain. Ce que l’album 1000 gecs rappelle, c’est que la musique n’est pas faite ni pour être agréable, ni pour être belle, et surtout qu’elle n’a pas à connaître de honte ou de limitation liée à un hypothétique bon goût. 1000 gecs, même si ce n’est peut-être pas le message, me fait penser qu’il serait bien libérateur de pouvoir faire de la musique comme ça, sans se prendre la tête, sans avoir à se dire : « est-ce bien décent de produire une musique pareille ? Vais-je me prendre un déferlement de haine après la publication de cette chanson alors qu’il n’y a rien d’offensant dedans, juste des partis-pris musicaux ? », pour se libérer des fardeaux et contraintes que trop de personnes s’imposent sans s’en rendre compte pour un pseudo amour de l’art.

J’aime imaginer qu’il y a un grand fond d’amour pour cette esthétique et pour cette musique dans l’œuvre de 100 gecs. Leur démarche de proposer un site avec les instrumentaux et les acapellas de tous leurs morceaux me poussent à le croire.

Bref, tout ça pour dire :

Hey, you lil’ piss baby
You think you’re so fucking cool? Huh?
You think you’re so fucking tough?
You talk a lotta big game for someone with such a small truck
Aw, look at those arms
Your arms look so fucking cute
They look like lil’ cigarettes
I bet I could smoke you
I could roast you
And then you’d love it and you’d text me « I love you »
And then I’d fucking ghost you


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